Manifeste Révoluscience #2 [fr]

Pas tellement intéressé par éditer mes notes au sujet du manifeste, prises pendant la première lecture, et encore moins intéressé par aller les insérer dans le site qu’ils ont mis en disposition pour discuter. J’ai voulu en discuter avec des amis et collègues, avec un biais fort du côté des scientifiques qui constituent la large portion de mon environnement social. J’ai essayé quand même d’impliquer quelques représentants du grand public, sans succès, aucun n’a pris la peine de lire le manifeste.

Un seul de mes camarades du 3D (n=30) a pris la peine de dépasser la première page et juste pour écumer les titres et s’arrêter sur deux points. Nous sommes unanimes pour un certain nombre de remarques :

  1. Qui parle ? Les signataires ne sont pas sur le document qui a circulé et nous ne sommes que deux à avoir pris la peine de déchiffrer les logos en haut de la première page. On peut douter de l’efficacité de communicants qui discutent beaucoup le positionnement des gens et oublient de donner le leur.
    Une fois les identités des premiers signataires trouvées, on se demande franchement à quoi rime ce « .eu », d’autant plus que la majorité des européens ne pourront pas lire et commenter ce document. Une rédaction en anglais aurait été le moindre effort attendu. Vraiment le moindre. Mais il semble que c’est l’ENS qui parle à l’ENS.
  2. De quoi parle-t-on ? Un manifeste qui n’a pas idée de donner une définition du sujet, la « médiation scientifique », est une première pour moi. Le béotien à qui cette médiation est destinée, si j’ai bien compris, et dont je suis (pour la majorité des sujets scientifiques), ne sait pas vraiment quel est le sujet.
    La question peut aussi être formulée autrement : A qui parle-t-on ? Il semble être un dialogue interne entre gens déjà impliqués dans le sujet business.
  3. Responsable ? Ne sachant pas comment définir la « médiation scientifique » il est encore plus difficile de définir la « médiation scientifique responsable ». A la place de la définition attendue quelques exemples, sur lesquels je vais revenir, qui ne nous éclairent pas vraiment.
  4. Le collaboratif pour affiner le manifeste fait peut-être très démocratique, mais il est évident que le blog prévu pour la discussion ne nous appartient point (pas eu des propositions d’accès administrateur😦 ). Il est mis à disposition de ceux qui auraient le courage de faire des remarques, mais l’appartenance au peuple est fictive, pour ne pas dire mensongère. On se sent leurré avant d’être passé à la deuxième page.

Les quatre points notés ci-dessus ont fait l’unanimité des gens qui ont eu quelque chose à dire. Le sentiment général étant : laissons les se demmerder avec, ce ne sont pas les premiers, les seuls ou les derniers à essayer de gagner leur croûte en agitant des étendards d’une révolution qui n’en sera pas une.

Un cinquième point que j’ai été le seul à soulever mais qui a fait la majorité (26:7) une fois mentionné.

  1. De quel public parle-t-on ? La communication de la science vers les non-scientifiques s’adresse à plusieurs public, fondamentalement différents.
    1. Les politiciens et décideurs à qui il faut expliquer en mots simples les différents sujets, à qui on est obligés d’expliquer parce que ce sont eux dont dépendra l’aisance financière d’un sujet. C’est d’autant plus un public difficile qu’il est conscient de son pouvoir et il en joue. Et qu’il a souvent des comptes à rendre à des gens qui ne comprennent pas plus que lui la partie science et encore moins la partie retombées.
    2. Le public concerné en première instance par les retombées justement, mais pas en termes de votes ou de fric gagné par les actionnaires. Les parents d’enfants atteints de maladies héréditaires, ou même les malades eux-mêmes pour certaines maladies qui se déclarent à l’âge adulte. Ce sont des gens concernés, transformés souvent en experts avec dans quelques rares cas une expertise de haut niveau.
    3. Les opposants, qui s’approchent du sujet pour le combattre. Je me suis beaucoup amusé avec les anti-OGM (et à l’occasion je tombe dans des cercles qui ne me connaissent pas et je peux retrouver les gags habituels). Ou les anti-clones. Il est toujours amusant de voir l’expression de la jeune femme qui déclare à table qu’elle ne mangera jamais de la bouffe clonée quand on lui fait remarquer que les patates et l’ail bio qu’elle est en train de mâchouiller en parlant sont clonés (dites que je suis condescendant là, c’est le cas et je ne nierais pas la partie mépris).

Il est illusoire d’imaginer que l’on puisse s’adresser à ces différents publics de la même façon, il est probablement illusoire d’imaginer que l’on pourrait raisonner certains publics qui mélangent consciemment ou pas plusieurs sujets pour présenter un amalgame incohérent qui leur semble logique, qui choisissent soigneusement leurs experts pour qu’ils soient du même bord que leur propres a priori. Aborder la communication de la science sans avoir soigneusement stratifié les personnes à qui on s’adresse me semble négligeant.

Deux points ont été discutés particulièrement : Les relations entre science et démocratie et le positionnement de la science envers les « savoirs profanes ».

La science n’est pas démocratique. On ne vote pas pour valider un modèle, on le confronte à la réalité. On peut se trouver dans une équipe qui a bâti un modèle qui lui sert de base pour raisonner et en une seule manip l’envoyer à la poubelle malgré l’avis de la majorité. Malgré l’avis du chef de l’équipe. Ce n’est pas non plus un système dictatorial. L’arbitre définitif est la réalité.
[edit, suite aux remarques de ce commentaire] Je parle ici de la réalité avec un « r » minuscule, celle dont on fait l’expérience directement. Genre deux vortex que la majorité des gens observent et montrent et non pas quatre qui satisferaient un modèle « platonicien », ou la production parallèle d’artères et veines indépendamment de l’action mécanique du flux sanguin (avant la connexion), etc. Des observation tueuses qui ne laissent pas de marge à des interprétations. [/edit]

On peut être tenté de trimballer son idéologie politique et essayer d’utiliser la science pour la justifier, comme Arnhart qui essaie de justifier son conservatisme en maltraitant Darwin et la théorie de l’évolution, ou en s’opposant au déterminisme génétique en faisant la confusion entre égalité de droits et égalité biologique. Autant on peut trouver des gens qui essaieront de soutenir la démocratie, autant il y en aura qui soutiendront des régimes non démocratiques avec des raisonnements parallèles. Concevoir une « médiation scientifique » qui soutiendra un régime politique particulier est un acte purement politique et n’a pas grand chose avec la communication de la science. Je pense même qu’elle lui serait nuisible. Même si je suis pour le système politique soutenu.

En ce qui concerne les « croyances profanes ». Je suis perplexe quand on me dit que je devrais les respecter et j’en ai discuté longuement. Il n’en est pas question. On peut être intéressé par explorer un domaine ou l’autre, par exemple les vertus anti-cancer du côlon des remèdes de la pharmacopée kyrghize. On les passe à la moulinette de l’expérimentation, on ne les respecte pas. On peut être intéressé par explorer la pertinence de l’astrologie. On la passe à la moulinette des statistiques, on ne la respecte pas. On peut être intéressé de savoir si les prières améliorent l’état des patients pour qui on prie. On les passe à la moulinette, on ne les respecte pas. Partir du principe qu’on va « respecter une idée » me semble méthodologiquement inepte et je me demande quel genre de scientifique partirait de ce principe pour tester un élément de son domaine, y compris ses propres hypothèses.

Ce respect mal placé suinte du deuxième exemple concernant la « médiation scientifique responsable ».

La science peut contribuer à réfuter des superstitions néfastes, mais aussi à écraser des mythes enrichissants. Une médiation scientifique responsable doit toujours savoir quand elle renforce chacun de ces impacts.

Je ne connais aucun, strictement aucun, exemple où la science aurait écrasé des mythes enrichissants. Je connais plusieurs exemples où la science a écrasé des prétendues vérités les reléguant au rang de mythe (enrichissant ou non est une autre discussion) et le cas des prières mentionné ci-dessus est un exemple. Ce n’est pas une superstition néfaste, sauf dans les cas heureusement rares ou l’on substitue les prières à la médecine, et certains trouvent que leurs croyances enrichissent leur vie (y compris en favorisant un social networking renforcé pendant les rituels périodiques), mais la science se contente d’en démontrer l’ineptie, sans plus. Et permet éventuellement aux non croyants d’avoir un regard condescendant et faire valoir qu’ils sont tout aussi efficaces en se tournant bêtement les pouces.

En admettant qu’une « médiation scientifique responsable » doit faire attention de ne pas écraser des « mythes enrichissants » et savoir quand elle renforce chacun de ses impacts, de quoi parle-t-on ? Faut-il éviter de claironner les résultats qui montrent l’inefficacité de la prière ? Est-ce responsable de mentir par omission en ne présentant pas certains résultats ? Ou est-ce qu’il faut juste mentionner sans insister pour ne pas heurter les sensibilités du public ? Est-ce qu’il faut éviter de dire à Staune que c’est en ignare qu’il compare les yeux des céphalopodes et des tétrapodes pour conclure à une convergence évolutive ? Est-ce qu’il faut éviter de pointer le doigt vers des assertions fantaisistes que leur auteur n’arrive pas à soutenir avec des résultats expérimentaux pour respecter sa fonction ? Est-ce que « médiation scientifique responsable » se traduirait dans l’esprit des signataires du manifeste par Relations Publiques ?

Ca fait froid au dos de penser que ça pourrait être le cas. J’ai un cas particulier, concernant l’un des signataires du manifeste où son opinion s’est basée sur des opinions en opposition à des faits. Et j’ai le sentiment que sa méthode n’a pas changé. Entre ça et un positionnement qui me semble accommodationiste en diable j’ai des bonnes raisons de douter de l’adéquation du terme « responsable ».


Voir aussi :
Valoriser les savoirs profanes, croiser les regards, … Des grands mots pour des grands soucis ?
Un vent de Revoluscience
Et si les chercheurs devenaient réflexifs ?


Legères retouches le 20.09.2010 22:25

  1. #1 par Barbopn le septembre 21, 2010 - 5:53

    Bonjour,

    Je n’ai pas, moi non plus, lu en détails ce manifeste dont vous parlez (je l’ai simplement parcouru, j’avoue, et je suis arrivé sur votre billet par le biais d’un autre blog) mais votre commentaire me semble fort peu étayé. Vous qui paraissez tenir la méthode scientifique en si haute estime, comment pouvez-vous nous servir des remarques « unanimes » fondées sur une pseudo-enquête réalisée dans votre cercle d’amis dont aucun n’a pris la peine de lire ledit manifeste ?
    J’ajoute que la question « Qui parle » (remarque #1) dénote une certaine mauvaise foi de votre part : Les trois associations à l’origine du manifeste ont leur logo, cliquable, en première page.
    Bref, pour moi, votre commentaire sur ce manifeste n’est ni sérieux ni constructif. Mais sans doute n’était-ce pas là le but recherché.

  2. #2 par Oldcola le septembre 21, 2010 - 6:30

    Une pseudo-enquête ? Pourquoi pseudo ?
    J’ai donné la composition de mon échantillon qui est loin d’être représentatif d’autre chose que de mes amis et voisins.
    Le document que j’ai fait circuler est le pdf qui est proposé, les logos ne sont pas click-ables et Les Atomes Crochus sont illisibles pour quelqu’un qui n’a pas vu le symbole avant.
    Je signale clairement que la première page a rebuté tout le monde sauf une personne qui a été plus loin et que les béotiens n’ont même pas pris la peine de lire cette première page. Aurais-je dit que j’avais mené une enquête représentative quelque part ?
    On peut certes se servir de l’ami Google pour arriver vers les personnes et organisations dont émane le document, mais pour un manifeste il est de bon ton de fournir ces données.

    L’unanimité sur les quatre premiers points est quand même une unanimité.

    Mon commentaire ne se veut pas particulièrement constructif, c’est vrai. Il pourrait peut-être donner des pistes : a) clairement afficher qui parle, b) ajouter les noms et qualifications des signataires, c) donner la définition du sujet du manifeste, et d) de sa version responsable. Eventuellement stratifier les publics à qui la médiaton scientifique responsable s’adresse. Eventuellement définir la médiation scientifique irresponsable. Peut-être être plus clair sur le degré d’accommodationisme souhaité.

    Est-il sérieux ? Peut-être pas, si l’on supporte le flou du manifeste ou qu’on s’en contente on ne trouvera pas mes critiques sérieuses. Le haussement des épaules est tout ce que j’ai à proposer.

    Si je voulais vraiment m’impliquer (je ne le veux surtout pas) j’aurais été poser mes commentaires sur le blog qui m’ appartient (au moins un peu d’après le manifeste). Mais je n’en ai pas envie et je ne me sens aucune obligation non plus.

  1. Retour sur le manifeste Révoluscience – Les réactions – 1/2 | L'infusoir
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