triste tropisme ?

Pour des raisons para-professionnelles (pour l’instant, peut-être pro dans quelque temps) je baigne dans les discussions et réflexions des relations « génotype donne phénotype » et de l’influence du milieu, y compris génétique. Un des outils les plus simples (en théorie, le boulot à la paillasse n’est pas vraiment ce que l’on appellerait simple) sont les animaux transgéniques, dont les knockout, où l’expression d’un gène est abolie et l’on observe les conséquences sur divers traits phénotypiques. Y compris des traits comportementaux.

« check that one » dit le titre d’un de mes e-mails du jour. J’ai lu ce qui ressemblait à un blogpost et qui se termine par :

Or, dans ce cas précis, on a avec les études de Dulac un contre-exemple flagrant de ce paradigme, et un mécanisme alternatif très clair : le cerveau n’a pas de sexe, ce sont les stimulus internes (hormones ou phéromones) qui changent les comportements. Peu importe : les recherches sur les déterminants génétiques continuent manifestement, et les media les répercutent, sans mettre en perspective avec le contre-exemple de Dulac (c’est d’ailleurs l’une des lacunes du journalisme scientifique à l’heure d’internet que de rarement faire le suivi dans un domaine donné). La recherche comme la presse, en privilégiant certaines pistes ou certains discours tout en oubliant de spectaculaires contre-exemple scientifiques de ce qu’elles affirment, ne seraient-elles pas victimes – et le grand public avec- de leurs propres a priori idéologiques ?

Ahem !

Multi-Ahem en fait. Je me suis précipité de demander l’origine du texte et la réponse ne venant pas (il y en a qui se cassent en vacances et je vais en faire autant il me semble), Google m’a donné la solution. Et là le Ahem ! a pris toute ça dimension.

Parce qu’il était basé en partie à un des vieux posts de Tom Roud, justement celui qu’il mentionne (puisque maintenant je sais que c’est lui qui se plaint). Je ne me rappelais pas le post, mais je me rappelle du papier de Dulac qu’il mentionne, parce qu’il est toujours dans mon dossier « déterminisme génétique/comportement ».

A functional circuit underlying male sexual behaviour in the female mouse brain
Tali Kimchi, Jennings Xu & Catherine Dulac, Nature 448, 1009-1014 (30 August 2007) | doi:10.1038/nature06089:

In mice, pheromone detection is mediated by the vomeronasal organ and the main olfactory epithelium. Male mice that are deficient for Trpc2, an ion channel specifically expressed in VNO neurons and essential for VNO sensory transduction, are impaired in sex discrimination and male–male aggression. We report here that Trpc2-/- female mice show a reduction in female-specific behaviour, including maternal aggression and lactating behaviour. Strikingly, mutant females display unique characteristics of male sexual and courtship behaviours such as mounting, pelvic thrust, solicitation, anogenital olfactory investigation, and emission of complex ultrasonic vocalizations towards male and female conspecific mice. The same behavioural phenotype is observed after VNO surgical removal in adult animals, and is not accompanied by disruption of the oestrous cycle and sex hormone levels. These findings suggest that VNO-mediated pheromone inputs act in wild-type females to repress male behaviour and activate female behaviours. Moreover, they imply that functional neuronal circuits underlying male-specific behaviours exist in the normal female mouse brain

En lisant ne serais-ce que l’abstract, il devient évident pourquoi je l’ai classé ainsi. Il s’agit bien d’une étude de knockout qui établit un lien entre un gène, Trpc2, et une série de comportements. Il y en a qui appellent ce lien « déterminisme génétique »; j’en fais partie.

Les différences majeures entre les deux études est que la zone incriminée par Park et al. n’est pas aussi accessible que le VNO pour qu’il essaient l’ablation et qu’ils ont muté un gène codant pour une enzyme soluble, au lieu d’une protéine membranaire spécifiquement exprimée dans un organe particulier, ce qui rend l’étude plus difficile. Mais je trouve qu’ils ont une piste intéressante à suivre avec l’AFP. Aussi, la FucM-/-, au moins au degré d’analyse réalisée, semble ne pas affecter le comportement des mâles, ce qui est le cas de la Trpc2-/-, qui a des effets pléiotropes. Quelque chose me dit que l’équipe de Dulac pourrait être intéressée par jeter un coup d’oeil à la FucM-/-.

Maintenant, il se peut qu’il y ait une différence de démarche à la recherche des déterminismes génétiques de la part de l’une des équipes qui m’échappe et peut-être Tom voudra bien me l’indiquer.

  1. #1 par Tom Roud le juillet 10, 2010 - 6:54

    La différence cruciale entre Park et Dulac, c’est que l’équipe de Dulac change aussi le comportement via une ablation d’un organe sensoriel hors du cerveau. Partant, elle connecte un gène à sa fonction, qui est en l’occurrence un rôle important dans la perception des phéromones, stimulus environnemental s’il en est. Donc cela veut dire que le comportement sexuel n’est pas déterminé QUE par les gènes, mais aussi très fortement par les stimuli environnementaux (venant de l’organe sensoriel), bref une interaction typique entre génotype et environnement. Le triste tropisme, à mon avis, c’est d' »oublier » toujours l’environnement et les stimuli extérieurs pour parler du gène de ceci ou de cela, c’est de traiter de façon anecdotique l’expérience d’ablation du VNO comme tu le fais.

    Je finis sur cette interview de Dulac :
    http://www.nature.com/news/2007/070730/full/news070730-13.html
    « Different species use different sensory strategies to understand the world, » says Dulac. She notes that whereas rodents use pheromones as an important trigger for sexual behaviour, primates and humans are more visual creatures.

    Bref, si on rend des primates mâles aveugles via une déficience génétique des récepteurs visuels, et qu’on s’aperçoit qu’ils ne sont pas excités par la vision du derrière rebondi d’une guenon en chaleur, en déduirait-on que le comportement sexuel est « déterminé » par les récepteur visuels ?

  2. #2 par Oldcola le juillet 15, 2010 - 11:30

    Salut Tom,
    triste tropisme ? Peut-être, il y en a un autre qui semble oublier le déterminisme génétique, simplement😉

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