crachats etc.

Après avoir craché dans le bassinet j’ai craché dans le tube et FedEx doit le livrer à 23andMe aujourd’hui.

Donc des nouvelles neuves de la chose quand les résultats vont tomber. Ne vous attendez pas à des révélations trépidantes, je suis d’une pudeur insoupçonnable. En attendant, si vous connaissez une banque de données publique à la disposition des chercheurs qui récolte des données du type de 23andMe, tenez moi au courant, j’y déposerai volontiers les résultats. Ce n’est que du SNP-typing, mais c’est déjà ça.

Je suis retourné hier voir où en était la discussion chez Sylvestre Huet. Il y a eu deux contributions depuis ma dernière visite et je souhaitais répondre, mais les commentaires sont clos. J’active donc ceux de mon premier post que j’ai daté d’aujourd’hui pour le remettre à flots.

La première est par Manincari, la seconde par Moebius.

Manincari, qui se positionne en soutien de JLS, semble ne pas considérer l’information génétique comme de l’information « pure ». Si je ne me trompe pas (et si c’est le cas TripleHelice me corrigera) sa caractérisation de l’info issue des typages génétiques proposés en tant que pure voulait signifier qu’il s’agissait juste d’information dénuée de toute interprétation. L’objection de Manincari posant qu’elle ne le serait pas à cause des composantes non-génétiques influençant les risques de déclaration d’une pathologie ne me semble pas particulièrement pertinente. Aussi peu pertinente que l’exemple présenté par les 400 au sujet de la lèpre.

Il est évident que pour une pathologie infectieuse on ne s’attend pas à ce qu’elle soit déclarée en l’absence de l’agent infectieux causal. On pourrait s’attendre à ce que les postulats de Koch soient présents à l’esprit des biologistes qui ont signé le texte et qu’ils demandent un exemple plus pertinent. Malheureusement ça n’a pas été le cas. Par analogie, vous saurez dorénavant que si une voiture ne vous frappe pas vous ne mourez pas dans un accident de voiture. Quelle que soit la couleur des vêtements que vous portez.

Pour une raison qui n’est pas explicitée, les maladies monogéniques, et l’exemple pris est la mucoviscidose, ne semblent pas d’intérêt pour Manincari. Elles le sont pour moi et certainement pour beaucoup d’autres gens qui aimeraient connaître s’ils sont porteurs de gènes récessif, eux et leurs partenaires, avant d’envisager d’avoir des enfants. En se payant le test de 23andMe au prix fort, on dispose de cette information pour un peu plus d’une 20aine de traits génétiques, ce qui amène le prix à ~20€ le test. Pas cher.

Le droit de savoir est traité de façon curieuse. Je suis méfiant (par expérience) de ceux qui pensent materner le public quant à ce qu’il a le droit (ou pas) de savoir, surtout quand il s’agit d’information personnelle, comme dans le cas de son génotype. Manincari pense que la « vérité » de son génotype est inutile. Encore travers une analogie impliquant entre autre un moteur de bagnole et une clé à molette en caramel. Je n’aime pas les analogies, mais celle-ci m’a fait rigoler. Son exemple impliquant Mr Tartanpion et la consommation e gambas doit quand même faire rire jaune ceux impliqués dans l’estimation des risques pour le cancer du sein sur la base du génotype qui permet d’ajuster la fréquence des mammogrammes et l’âge à partir duquel ils sont recommandés. Il n’y a malheureusement pas que les analogies foireuses dans la vie.

Un point très intéressant que Manincari soulève est celui du nerf de la guerre : le pognon. Il semble plus que conscient, profondément perturbé je dirais, par le fait que l’information génétique, qui lui semblait inutile aux paragraphes précédents, possède une valeur pour l’industrie pharmaceutique. Je pense qu’il a parfaitement raison. C’est du savoir qui correctement exploité représente du pognon et pas que peu.

C’est la raison qui me fait dire que j’aurais préféré voir le même travail que réalisent les boîtes privées fait par les 400 (et l’autres, qui n’ont pas signé) dans le cadre d’initiatives publiques. Mais il n’y a aucune raison d’attendre les initiatives publiques. J’admire le business model des entreprises comme 23andMe. Elles font payer pour qu’elles engrangent de l’information pertinente. Et je souscris volontiers à leur effort, parce qu’au moins, elles, elle le font. J’ai le sentiment que mes $99 seront plus fructueux chez eux qu’au Téléthon. Et n’allez pas croire que les initiatives publiques n’ont pas comme objectif de vendre l’information aux Big Pharmas. De l’intérieur du système, je peux vous assurer que la valorisation de la recherche publique signifie tirer quelques sous en vendant l’information aux Pharmas et qu’on nous casse les oreilles avec la valorisation et la création de spin-of etc.

Prive, public, kif-kif pour les Big Pharmas, elles auront l’info qu’elles n’auront pas produit elles-même.

L’exemple de Gene Essence Report de Biomarkers Pharmaceuticals dirigée par Saul Kent est intéressant. Manincari fait le rapprochement entre le service de génotypage et la cryogénie qui est un des vieux dadas de Kent. Je ne vois pas le rapport si ce n’est qu’il s’agit là de deux activités qui peuvent être lucratives pour le mec. Autant je pense que Biomarkers Pharmaceuticals sera utile à court terme, autant la cryogénie me semble n’être qu’à ses débuts. Peut-être c’est à cause de mon ignorance crasse en cryogénie.

De toute façon, l’exploitation des données génomiques à des fins thérapeutiques représente pas mal de pognon et ce sont les Pharmas qui le ramasseront. On peut s’indigner comme Manincari ou comme moi. Lui s’indigne contre le capital, moi contre l’attitude mievreuse européenne face au sujet qui fait que c’est le capital américain et pas européen qui ramassera.
Au moins Manincari met au clair la valeur de cette information.


Le commentaire de Moebius est beaucoup plus intéressant. Il pose quatre questions qu’il a probablement raison de considérer comme plus importantes que la question économique à court terme. Je les reprends ici :
  1. Quel sera l’impact de l’information génétique sur la société ?
  2. Quel sera le rapport de l’Homme à ces origines au regard de son patrimoine génétique ?
  3. Quel sera à terme les rapports entre les Hommes au regard de leurs patrimoines génétiques ?
  4. Est ce que la connaissance de son information génétique ne va pas biaiser le brassage génétique de la population et conduire a un appauvrissement de la variabilité génétique dans 5, 10 15 générations?

La quatrième a été une surprise pour moi. Je n’y avais pas pensé malgré le fait qu’il y a quelques années j’avais trouvé étonnante la tendance des sites de rencontres à proposer des sous-ensembles ethniques. J’ai toujours pensé à des affinités culturelles et l’idée de pureté ethnique ne m’aurait jamais traversé l’esprit. Mon esprit était surtout tourné vers les problèmes de médecine ethnique qui est mal vécue (parfois très mal vécue). Il semble que comme le terme « ethnique » se porte sur des populations de plus en plus diverses, les intéressés vivent la situation plus sereinement.

Il est de plus en plus évident que nous avons un LUCA que l’on partage avec tout ce qui est vivant. Il y en a qui sont à l’aise avec cette notion et avec leurs origines animales, d’autres qui doivent vivre ça plutôt mal. J’aime bien les cartes de migrations partant d’Afrique, d’une part parce que ça énerve les racistes divers (j’aime bien les voir inquiets de découvrir du patrimoine génétique africain chez eux, surtout s’il est récent).
J’aime penser que ça nous rapprochera de connaître ce qui nous rapproche indépendamment des divergences culturelles qui se sont installées en barrières. Mais il semble que cette rare forme d’optimisme chez moi n’est que peu partagée.

La deuxième question est beaucoup trop vaste pour être traitée en moins de plusieurs bouquins😉 Je ne pense pas que ces résultats en particulier changeront quoi que ce soit aux prises de position issues des renseignements généralistes que la biologie a mis sur la table depuis un siècle et demi. Ou j’ai mal compris la question et ici les origines sont les origines ethniques. Mais j’ai une nette tendance à me sentir proche des H. sapiens en général.

La première question de la liste est IMO la plus importante et la plus facile à aborder. Enfin, facile pour faire de la futurologie. Cette question je vais la reprendre dans une série de posts, suivant (au moins) trois volets : retombées personnelles (la personne faisant partie de la société), retombées proches (concernant la famille) et retombées concernant un cercle social plus large. Si vous voyez des points particuliers à traiter n’hésitez pas, au mieux je pondrais quelque chose, au pire j’avouerai publiquement mon incompétence de traiter le point particulier.

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