Jean-Michel a lancé sa série de questions hebdomadaires. Ma proposition n’était pas sans arrière pensée, c’est une extension de son interview, où le dernier point (un dernier mot à ajouter ?) espère vivre le long des semaines qui viennent. Il n’y a rien de plus révélateur de la personnalité de quelqu’un que les question qu’il se pose et pose à son entourage, surtout quand il se trouve en dehors d’un cadre particulier.
La première des questions me ravit :
Est-ce qu’il est possible (philosophiquement parlant) de fondamentalement différencier le concept de foi du concept de crédulité, ou bien est-ce qu’il s’agit en réalité exactement de la même chose mais qui est valorisé dans un contexte (la religion) et dévalorisé dans un autre (la science)?
Je poste ici ma réponse, mais je ferme les commentaires pour que la discussion se passe sur Scepticisme Scientifique.
J’aime bien partir des définitions simples, du genre que l’on trouve dans le dictionnaire, quand je
commence à réfléchir à un sujet. Je ne ferai pas exception pour celui-ci.
Foi : croyance (croire) aux vérités de la religion.
Crédulité : facilité de croire (croyance) sur un fondement très léger.
La composante commune est la “croyance”, dans le premier cas restreinte dans un domaine particulier impliquant le surnaturel, dans le deuxième sans spécification de domaine mais accordée trop facilement.
La crédulité est une mesure, qui de 0 à 1, pour incrédule à extrêmement crédule, varie de façon continue. Quelqu’un d’incrédule face à une question particulière réclamera non pas seulement des assertions, mais aussi des faits accessibles pour croire.
Dans certains milieux, comme le milieu scientifique, les faits accessibles aux pairs (et le pair n’est pas reconnu par son diplôme mais par sa compétence), juges de leur véracité, sont systématiquement et implicitement requis; l’incrédulité est de mise, les propos de chacun sont scrutés.
Dans d’autres milieux, comme le milieu religieux, les faits sont inaccessibles, personne n’est apte à tester la véracité du propos religieux, autrement qu’en s’auto-proclament compétent, le plus souvent sous couvert de révélation divine. On ne trouvera pas de crédulité zéro parmi les croyants en religion, ils s’agit des athées qui adoptent cette posture.
Les croyants religieux sont plus ou moins crédules face aux réalités révélées qu’on leur sert. En fait ils présentent le plus souvent un degré de crédulité suffisant pour adopter une religion et de l’incrédulité face à toutes les autres religions qu’ils auraient pu adopter ! Ca peut être pire, dans le sens où ils présentent des degrés de crédulité différents pour différentes composantes de leur religion; c’est ce comportement qui est à l’origine des sectes dont les hérésies soit sont assimilées par le clergé soit aboutissent aux schismes. L’incrédulité face à une vérité révélée, quelles que soit les raisons, préside à l’évolution des religions, voire à leur mort. La crédulité face à une vérité révélée est à l’origine des religions.
Ce dernier point pose la question de la confiance de la personne qui porte la vérité (révélée ou non – religieuse ou non) face à la quelle on exprimera ou pas de la crédulité. Le degré de crédulité qu’on exprimera étant fonction de l’importance de la dite vérité dans notre vie. Deux éléments à considérer donc, confiance au porteur et importance du fait de se tromper.
Il est très peu important pour moi de savoir si tel ou tel tampon hygiénique est le meilleur du marché actuellement. Je n’accorderai du temps à la question que si je me trouve au super-marché chargé d’en faire provision sans consignes particulières. Dans l’impossibilité de joindre l’intéressée pour connaître ses préférences (que je croirai volontiers quelles qu’elles soient), je serai enclin de poser la question à une personne compétente. Disons à une gynécologue de mes connaissance, qui connaît le sujet probablement, qui en utilise elle-même et dont je suis certain qu’elle n’a pas d’actions d’une des boîtes qui en fabriquent. Quelqu’un de compétent et désintéressé. Si je n’arrive pas à la joindre je prendrai juste un petit conditionnement qui me paraît seyant et l’intéressée se demmerdera comme une grande fille soit pour être plus précise soit pour faire ses provisions elle-même.
Pour un autre sujet, qui a de l’importance pour moi personnellement, et que j’aborderais pour la première fois, il est évident que je travaillerais la question plus à fond. Devant la question de la croyance au surnaturel, par exemple, il s’agit de se renseigner auprès de plusieurs source, essayer de recouper ce qui est dit, examiner les preuves qui sont offertes, tenir compte des intérêts de la personne qui est porteuse des renseignements, etc. Pour l’incrédule que je suis, la confiance accordée à une personne ou une institution qui ne suit pas les préceptes qu’elle professe peut être retirée dès que je m’en rends compte de l’hiatus, ce qui conduit immédiatement à augmenter le seuil qualitatif des preuves offertes, pour compenser.
Le même genre d’approche peut être appliqué à d’autres domaines : la parapsychologie (ou toute autre assertion d’un dualisme esprit/corps), l’astrologie (ou toute autre forme de divination), l’homéopathie (ou toute autre type de médecine), la physique (ou toute autre science), la publicité (ou toute autre technique de vente), etc. Tout domaine sensé porter une vérité.
La croyance à une assertion sera soit le résultat d’une expérience directe satisfaisant à certains critères, soit le résultat de la confiance accordée au porteur de l’assertion. La croyance pourra tomber dans le premier cas si une nouvelle expérience la contredit, dans le deuxième si la confiance au porteur est retirée.
Quel que soit le domaine où l’on demande d’accepter une vérité, il est fait attention pour dissocier au mieux les porteur des vérités, des vérités, pour minimiser les effets des brebis noires, présentes dans n’importe quel troupeau. Les Religions ne doivent pas être confondues avec leur clergé, la Science avec les scientifiques. La différence est subtile mais bien réelle, les vérités portées par les religions ne pouvant pas être dissociées du clergé, à commencer du prophète, les vérités portées par la science ne sont associées avec une personne particulière, elles doivent être accessibles à quiconque.
Au catéchisme on demande d’accorder foi et ânonner, au labo d’en faire l’expérience par soi-même et de rédiger son compte-rendu. Le mode de transmission de la connaissance fait appel à la crédulité (si possible totale pour éviter les hérésies) dans le premier cas, à l’incrédulité dans le deuxième cas (si possible totale, au point où on apprend à batailler pour invalider “l’hypothèse nulle”).
Ca me laisse où cette réflexion rapide ?
- A considérer croyance (foi) et crédulité comme deux entités différentes, la première dépendant du degré de la seconde.
- La crédulité étant fonction de l’importance (personnelle ou collective) du sujet vis-à-vis du quel on se positionne, le seuil étant proportionnel à l’importance qu’on lui accorde (importance qui peut être variable d’une personne à l’autre).
- Le seuil étant affecté par la confiance qu’on accorde au porteur des éléments permettant de juger, si une preuve directe n’est pas disponible (ou si l’on ne souhaite pas accorder l’effort pour l’obtenir).
- La qualité des preuves exigées varie avec l’importance du sujet considéré.
Dans l’autre sens, le degré de crédulité que l’on sollicite en présentant une vérité est fonction d’une part de nos intérêts personnels (y compris de la reconnaissance du fait qu’on a juste), d’autre part de notre capacité de proposer des preuves directes plutôt que de demander d’être cru sur parole, enfin de l’intérêt qu’on accorde à ce que la personne sollicitée accorde foi à nos dires.
Je me rends compte que j’ai été plus technique que philosophique, mais je compte sur la discussion pour palier mon défaut chronique.


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