J’ai voulu éviter le sujet mais comme il était évoqué onze fois dans mon courrier, depuis Lundi dernier, je vais bien en faire un post et envoyer le lien à ceux qui ne suivent pas
Le sujet est la perception de la théorie de l’évolution par les étudiants/élèves français, que j’ai aperçu en premier dans le post du Nouvel Obs, signé par Rachel Mulot.
Trois parties ci-dessous : pourquoi je m’en fous du résultat du sondage, pourquoi je suis très intéressé par les réactions à ces résultats, le deuxième truc qui manque.
Les résultats me paraissent… rien du tout ! Sans blague. La méthodologie ne me convient pas, mais alors pas du tout. On ne peut avoir un jugement qu’en fonction de la culture scientifique générale des participants. Or le questionnaire ne contient pas les items nécessaire pour qu’on puisse se faire une idée. C’est le premier truc qui manque.
Si une personne qui ne connaît pas ce que le nombre d’Avogadro signifie, ou qu’il ne sait pas faire la différence entre vitesse et vélocité, ou ne sait pas ce que les sigles LED et LASER indiquent, pense qu’un être imaginaire dirige l’évolution biologique je m’en fous royalement. C’est l’avis d’un ignare et la seule chose que je pourrais conclure est que le système éducatif qui l’a laissé arriver à la fac est défectueux pourri. Et si l’ignare en question dit que Darwin avait tout tout juste, je m’en fous tout aussi royalement. Il ne parle probablement pas en connaissance de cause (ou alors il a eu juste par hasard un bon prof de SVT) et son avis m’indiffère au plus haut point.
Si par contre le même avis concernant l’évolution biologique dirigée par la Licorne Rose Invisible (que son Rose soit Seyant) émane d’une personne ayant par ailleurs un bon niveau de culture scientifique, là je pourrais commencer à tirer des conclusions plus spécifiques et interroger une partie particulière du système éducatif. Qui n’est peut-être pas en cause. On n’apprends pas qu’à l’école ou à la fac, même si on y apprend beaucoup de choses. La famille et ses éventuelles extensions, catéchisme par exemple, y sont souvent pour beaucoup. Sans questions supplémentaires pour comprendre l’origine des avis donnés on ne peut que râler un p’tit coup et commencer à essayer de formuler les questions supplémentaires pour pouvoir les proposer pour la prochaine campagne.
Maintenant, les réactions des professionnels de l’éducation. Ca c’est une mine d’or.
D’abord personne ne discute la méthode et le questionnaire ! Merde !
Très clairement, au lieu de continuer à fustiger les “créationnistes” d’autres pays, il serait grand temps que nous éliminions les fondements anti-darwiniens de notre culture, surtout à propos des origines de notre lignée.
J’applaudis fortement et bon courage.
mon opinion est qu’il s’agit davantage de lacunes épistémologiques que de vraies lacunes biologiques
Faudrait pas le dire aux mômes de la sorte, mais je suis du même avis. La question à laquelle je ne peux pas répondre est pourquoi il n’y a pas plus de handicapés de l’épistémologie qui mettent en cause la théorie de la gravitation. Peut-être parce qu’ils se sont déjà cassé la gueule plusieurs fois…
Il ne faut pas oublier que les créationnistes sont parfaitement organisés et disposent de fonds financiers très importants.
Ah, la John Templeton Foundation et Harun Yahya, ils vous donnent envie de devenir conspirationniste et de vous demander pourquoi ils veulent garder les gens cons.
Résultats pas intéressants, résultats inquiétants quand même si on leur accorde ne serais-ce qu’une faible valeur. Et surtout si on les place dans le contexte de la montée des obscurantismes divers qui se baladent non pas seulement dans l’hexagone, mais aussi en Europe. Et je ne parle pas que des obscurantismes liés aux religions diverses et variables qui doivent cultiver le finalisme qui est celui de leur dieu de prédilection, que ce soit Xenu, ou Yahwe, ou Allah.
En dehors des problèmes de culture épistémologique, il y a un problème plus général. Les gens ne se donne pas la peine d’aborder les questions qui les préoccupent de façon rationnelle, et tenter de faire eux-mêmes l’intégration des données dont ils disposent. Ils préfèrent du tout cuit, servi sous forme de bouillie intellectuelle, qu’elle soit servie par les journalistes, sous forme de vulgarisation scientifique ou sous forme vulgaire (e.g. The Book par Jean Staune). Et ils gobent le plus souvent ce qui les flatte le plus, ce qui à travers son finalisme les positionne au sommet de la création. Normal. Leur apprendre que ce qui est encore plus flatteur est de ne pas gober n’importe quelle connerie est peut-être le seul point concernant l’éducation qui n’a pas été soulevé en réaction aux résultats de ce sondage.
Pourtant ça me paraît être la chose la plus importante que j’ai apprise à l’école. Une école catholique, française. Une bonne école à mon sens. C’est le deuxième truc qui manque à cette discussion (pas lu tous les commentaires des internautes)

Le rationalisme pour moi, ce n’est pas être rationnel à tout bout de champ. On est rationnel d’abord si on peut. Quand on dort, quand on est malade, quand on a un peu picolé, etc.. on ne l’est certainement pas. Mais on doit être rationnel dans certain cas. Par exemple quand on décrit un objet. A quoi sert de décrire quelque chose faussement, par exemple l’univers ou l’homme qui en fait partie? Et quand deux personnes sont disposées à discuter raisonnablement, à quoi servent les prises de position qui n’aboutissent à rien?
Je suis d’une famille très nombreuse, 10 enfants (baby boum). Je suis le seul à être rationaliste. Les autres pour la plupart sont tombés dans l’excès créationniste, deux seulement sont athées mais ne se pose pas vraiment la question. Leur athéisme est plus une croyance qu’un raisonnement. Mais du fait que je suis, moi, rationaliste, est-ce que ça ne signifie pas que les hasards de l’éducation y sont pour quelque chose? C’est plus ma curiosité naturelle que mes professeurs qui m’a tiré de l’ornière mystique. Est-ce qu’on ne pourrait pas orienter ce hasard? Comme je le disais plus haut, c’est la fonction mentale croyance qui pose problème.
1) “Quand on décrit un objet”
Essaie de donner une description rationnelle d’un arbre à un aveugle. Si un jour, il recouvre la vue, ce qu’il verra n’aura rien à voir et sera infiniment plus beau, plus riche, plus varié.
Plus simple : la plupart des “jolies” représentations des archi-connus ensembles de Mandelbrot et Julia sont obtenues en représentant avec des couleurs distinctes les zones délimitées par les “équipotentielles” de divergence de z->z²+c, fonction de z0 ou de c. Maintenant, jette un oeil sur ces représentations et dis-moi s’il est possible de se faire une bonne idée des formes représentées d’après leurs description mathématiques ? Il y a des milliers d’articles scientifiques qui démontrent des structures et propriétés de ces formes, mais aucun ne peut faire comprendre leur beauté à quelqu’un qui ne les a jamais vu avant.
De plus, la plupart des descriptions scientifiques de systèmes physiques ou biologiques, mêmes simples, sont des simplifications grossières de la réalité. Quand elles ne se trouvent pas tout simplement remises en cause par une nouvelle expérience. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas essayer de faire le maximum et d’espérer que l’asymptote explicative qu’on peut espérer “taquiner” ne représente pas quelque chose de négligeable, non pas vis à vis de nous bien sûr, ni de l’amélioration technologique de nos conditions de vie, mais de manière absolue !
Alors, quand à parler de l’homme et de l’univers …
Ce qui ne m’empêche pas d’être taraudé par une sorte d’aspiration à l’infini : l’entendement humain est fini mais la volonté humaine est infinie (Descartes).
2) “A quoi sert de décrire quelque chose faussement ?”
Une partie (mais pas tous) des gens qui te décrivent quelque chose de faux ne te parlent pas de la même chose que toi. Peut-être que la prédominance de ton hémisphère “logique” t’empêches de comprendre de quoi ils parlent. Comme un “prosaïque” qui confond la beauté d’une peinture et celle de son modèle. D’ailleurs, es-tu sûr à 100% de ne pas te tromper ?
3) “A quoi servent les prises de position qui n’aboutissent à rien ?”
Ils correspondent parfois à des choix philosophiques différents ou à des univers mentaux créés, seuls éléments possédant une véritable valeur puisque les autres ne dépendent pas de nous, la science ne faisant que décrire la structure et les règles du jeu. Un choix n’est pas forcément meilleur qu’un autre et il n’a pas à aboutir mais à être vécu ou transmis : ce qui est véhiculé par la culture humaine est au plus haut niveau de l’existence même si c’est le moins tangible et le plus fragile. Les discussions interminables avec tes collègues humains te permettent de les découvrir ainsi que leurs univers mentaux. Ces univers leur appartiennent en propre, font ce qu’ils sont, et ils n’ont pas à s’en vouloir pour ce qui ne dépend pas d’eux !
La science est universelle mais ce n’est pas toi dans ta singularité. Ces gens avec qui tu ne veux pas discuter et que tu te permets de vouloir transformer suivant ton idéal rationnel, peut-être n’as tu pas compris aussi que parfois ils te parlent d’eux. Et apprendre à se “découvrir” (déjà en se parlant) les uns les autres, partager des choses qui font vibrer, émeuvent ou intérrogent, ça a un intérêt, un sens, une profondeur, bien plus que le simple respect ou la simple tolérance (l’as-tu ?). Mais peut-être que, tout simplement, ces gens là tu ne les aimes pas …
4) “Famille”
Du côté de mon père et de ma mère (7 frères et soeurs de son côté), issus de milieux pauvres paysans et ouvriers, élevés dans la religion, une bonne part est devenue ingénieur ou scientifique. Moi, mon frère et ma soeur, élevés dans la religion, sommes tous trois enseignants-chercheurs ou chercheurs. Dans la famille et au boulot, nous sommes tous très rationnels, sauf quant à certains défis philosophiques ou à la transmission des univers qui nous font vivre, qui nous lient et que nous “modulons” tous chacun à notre manière, ainsi que dans la défense de l’”être au monde” de chacun. En tout cas, personne ne considère les autres comme étant dans l’”ornière”, comme tu le dis si bien.
Je pense que le problème est plutôt à chercher dans les méthodes de connaissance de soi, d’entraînement, d’apprentisssage du goût de l’effort, de l’envie de se dépasser, de l’éveil aux belles choses que l’on peut atteindre, que les parents ou les profs peuvent transmettre. Mais ils ne sont pas formés pour cela.
Le langage est consensuel ou ne sert à rien. Je serais idiot de décrire un arbre par la couleur à un aveugle. Entre nous deux il n’est pas consensuel. Le dialogue ne sert donc à rien. Salut et merci quand même de ta réponse.
Entièrement d’accord.
Parfait désaccord ! On n’aurait jamais été foutus de traduire le chinois en arabe si on n’avait pas dialogué suffisamment.
Ceci dit, il y a des discussions (la majorité) qui gagnent beaucoup, en contenu et durée, si on évite de disperser le sujet et fatiguer les interlocuteurs.
Dispersion : je l’avoue volontiers, je suis quelque peu dispersé. Cela doit être lié à mon enthousiasme naturel.
Fatigue : je fatigue même les sectes (pas sous la même identité, sans quoi je finirais par être “black-listé”). Pour l’instant, je n’en connais aucune qui ait tenu le coup. Au passage, bravo pour ton endurance !
Dialogue : on ne peut pas vivre très longtemps simplement “à côté”, certains finissent par devenir intolérants puis petit à petit des idées malsaines commencent à apparaître, du genre “cela serait bien s’ils pouvaient disparaître de notre vue”, et avec le temps ça peut dériver très mal. On ne peut vivre qu’”avec”. Le mieux me semble-t-il étant d’arriver à accepter les différences acceptables, de manière à ne pas réduire l’”avec” à un triste “pareil”.
Les enfants naissent avec une structure mentale globale vierge de signification. La connaissance progressive du monde se fait par l’établissement de structures multiples qui prennent un sens les unes par rapport aux autres. De ce fait tout ce qu’ils apprennent est nécessairement lié à une confiance absolue envers les parents d’abord et leurs éducateurs scolaires ensuite. Pour passer de la confiance absolue à la croyance (absolue), il n’y a qu’un pas très mince à franchir. (L’amour des enfants pour leurs parents ressemblent à s’y méprendre au syndrome de Stockholm.)
Ce n’est pas le créationnisme, ni le marxisme, le capitalisme, le socialisme, ou le darwinisme, etc.. qu’il faut combattre, c’est l’établissement de la fonction mentale “croyance”. La croyance est une abdication du raisonnement de façon consciente dans un domaine particulier. C’est pour cela qu’il faut promouvoir le rationalisme, autre “isme” certes, mais qui lui n’est pas une croyance, puisqu’il est justement l’art de continuer de raisonner consciemment.
Salut et Merci.
Salut Berlherm,
j’apprécie particulièrement le deuxième paragraphe de ton commentaire.
Je m’écarte du sujet de l’article (et je ne cherche pas à défendre ici quelque spéculation que ce soit), mais je ne peux pas ne pas réagir à ce commentaire “éducatif”.
Promouvoir la raison oui, la promouvoir seule non. Tu risques notamment de discriminer encore plus la partie de la population qui naturellement n’a pas l’hémisphère dit “logique” dominant (la moitié ?), et qui a son mot à dire sur la manière d’”être au monde”. Comme les bons danseurs par exemple, mais pas seulement. La seule promotion de la raison risque d’aboutir à des adultes “incomplets” à bien des égards.
Attention aussi à ne pas orienter les enfants contre les parents. Cela a déjà été fait dans bien des endroits, dans l’ex-empire soviétique par exemple, avec bien d’autres horreurs rationalistes à la clé d’ailleurs. Promouvoir le rationalisme, certainement pas ! Expérimenter la vie dans différents systèmes permet d’écarter les théories éducatives inadéquates, de même que l’expérience seule valide ou invalide une théorie scientifique.
Avoir un processeur efficace, c’est bien. Encore faut-il que le disque dur soit bien rempli, y compris au niveau de ce qui ne relève pas de la science. Le mieux est de tout enseigner afin que chacun puisse réellement exercer son son esprit critique. En commençant par un réel esprit critique, cf. par exemple Montaigne à propos de l’éducation : réappropriation personnelle, refus d’arguments d’autorité, etc. Cet esprit critique vaut d’ailleurs aussi vis à vis de la raison …
Je ne sais pas si Berlherm pensait à “la promouvoir seule” (ça m’étonnerait de la part de quelqu’un qui se veut raisonnable justement), mais je trouve qu’on en fait pas la promotion de façon efficace dans l’enseignement.
Indépendamment des inclinaisons innées, l’apprentissage d’un outil permet de s’en servir mieux, sinon pas bien.
L’utilisation “à peu près” que je vois tout autour de moi est peut-être la pire des situations.
Tout à fait d’accord pour l’”outil”.
- Maîtriser un instrument avant d’avoir un avis dessus. De préférence en arrivant au moins au niveau où l’on peut “créer” avec cet instrument.
- Maîtriser plusieurs instruments avant de faire un choix, sinon ce n’est que de la liberté ou du goût par méconnaissance.
- Nos instruments (science, économie, psychologie, etc.) sont des outils au service des sociétés humaines. Cela a l’air d’aller de soi, mais ce n’est pas toujours le cas.
Pour l’”outil science”, je pensais lorsque j’étais plus jeune qu’il pouvait être transmis dans toute sa rigueur à tout un chacun. J’avoue qu’actuellement je suis très loin de cet enthousiasme sans limites et que je prends plus de plaisir à transmettre à des élèves motivés et travailleurs (Aïe, y’en a qui vont me traiter d’élitiste ou pire …).
Le seul sujet de préoccupation, j’y ai pensé après mon post, est la masse des étudiants qui n’iront pas plus loin que cette première année, ou même le premier cycle.
Parmi eux certainement certains sortiront avec un ressentiment envers la science et continueront à vivre avec des idées tordues.
Du gibier pour les créationnistes de tout bord. Et pour les astrologues tout pareil.
Personnellement, je trouve que soit le questionnaire ne pose pas les bonnes questions (et je suis d’accord avec toi, il devrait y avoir des questions plus générales sur la culture scientifique), soit il n’y a vraiment pas de quoi en faire un plat. Il n’y a qu’une minorité des étudiants en biologie (en 1ère année !!!!!) qui n’adhère pas à cette théorie.