A Dissertation on the Poor Laws – Joseph Townsend – 1786
Ca doit faire quatre ans que j’ai découvert J. Townsend, dans un texte discutant de Charles Darwin. All l’a ramené au tapis il y a quelques jours. J’ai cherché mes notes de première lecture que je pensais avoir transformé en blogpost. Je n’ai rien trouvé et je suis revenu à la lecture de la section VIII vers laquelle All nous guide :
Vous adorerez, car tout y est : l’île, la sélection naturelle sous la pression de la ressource alimentaire, la transposition d’une loi naturelle à la société des hommes – c’est à dire pour le pasteur Townsend, la société industrielle anglaise du XVIIIè, toute autre forme de société n’étant pas pour lui civilisée.
Bien sur il n’est pas prouvé que Darwin ait lu Townsend
Townsend essaie de théoriser son opposition aux “Poor Laws“, qui étaient sensés vernir en aide aux pauvres, ayant recours à une analogie foireuse (IMO) avec la régulation naturelle des populations dans un écosystème quasi isolé : l’île Juan Fernandez. Je laisserai de côté le positionnement plato-aristotelicien du pasteur Townsend, qui est un hybris à l’amour chrétien du prochain, qu’il devait enseigner par ailleurs. Cet aspect schizophrène de la chrétienté n’a rien à voir avec la théorie de l’évolution.
Si je le mentionne ici c’est juste pour rappeler qu’à l’époque où cet essai a été écrit (1786), ces idées là avaient plus de deux mille ans déjà; elles font partie de l’amour de la chrétienté pour Platon et Aristote, qui les ont exprimés à leur temps. A côté de l’eugénisme de Platon on trouvera l’idée d’Aristote que la tendance à l’esclavage est naturelle (même s’il avait certaines réticences que Saint Augustin a su effacer plus tard).
Si Darwin a été influencé par ce raisonnement, il semble que ça a été non pas pour s’en inspirer de, mais plutôt en le rejetant, au moins la composante qui conduit à l’esclavage des inférieurs. Passant progressivement au cours de sa vie de l’égalité entre humains vers l’égalité entre être vivants.
Revenons à l’île Juan Fernandez. C’est un système quasi-fermé : les espagnols y apportent des chèvres (n=2), les anglais des chiens (n=2), d’autres viennent prélever de quoi se nourrir (n=?). Mais entre ses épisodes l’île est laissée à l’abandon.
On trouve deux éléments qui sont intéressants :
Pour l’études d’un coupe prédateurs/proies c’est un joli modèle, grandeur nature.
Il y a trois choses qui manquent1 pour aller de cet exemple à l’origine des espèces, ou même des races. La variété, l’hérédité et le temps. Trois éléments fondamentaux.
La variété n’est pas disponible dès le départ, le nombre des animaux introduits étant trop faible.
L’hérédité des caractères, qu’elle soit génétique ou mémétique dans le cas des chèvres qui doivent apprendre à éviter2 les chiens.
Le temps nécessaire pour que la variété apparaisse dans ces deux populations.
Du coup pas de races et encore moins des espèces.
C. Darwin avait accès à ces deux éléments directement : avec ces foutus3 pigeons et ces maudits3 chiens sélectionnés par les éleveurs (variété et hérédité), et avec les fossiles qui couvrent des ères géologique (temps).
Est-ce que Darwin connaissait les écrits de Townsend ? Je n’en sais rien, mais je ne vois vraiment pas ce qu’il aurait pu tirer comme informations utiles pour l’origine des races et/ou des espèces de cette quasi-parabole que le révérend utilise pour s’opposer aux Poor Laws. Autre que les limites des ressources qu’il dit lui même avoir piqué à Malthus. :
[source] :
In the next chapter the Struggle for Existence amongst all organic beings throughout the world, which inevitably follows from the high geometrical ratio of their increase, will be considered. This is the doctrine of Malthus, applied to the whole animal and vegetable kingdoms. As many more individuals of each species are born than can possibly survive; and as, consequently, there is a frequently recurrent struggle for existence, it follows that any being, if it vary however slightly in any manner profitable to itself, under the complex and sometimes varying conditions of life, will have a better chance of surviving, and thus be naturally selected. From the strong principle of inheritance, any selected variety will tend to propagate its new and modified form.
[source] :
It is the doctrine of Malthus applied with manifold force to the whole animal and vegetable kingdoms; for in this case there can be no artificial increase of food, and no prudential restraint from marriage. Although some species may be now increasing, more or less rapidly, in numbers, all cannot do so, for the world would not hold them.
Il semble que c’est une observation issue des sociétés humaines qu’il étend vers la nature, plutôt que l’inverse (ce que Townsend essaie de faire gober à ses lecteurs)
Enfin, je doute que Townsend soit une source d’inspiration, en général et pour la sélection naturelle en particulier.
1 : Il y en a plein de choses qui manquent en fait. Pas d’oiseaux marins ou autres ? Les chiens n’auraient pas tenté la pêche ?
2 : Pas qu’éviter d’ailleurs, combattre [Battle at Kruger, vidéo, 8' 24"; d'abord lions contre crocodile, puis…] les chiens isolés probablement
Faisant preuve de plus de coopération que celle que préconise Townsend avec ces pauvres. Coopération qui n’avait pas échappé à Darwin : “The Term, Struggle for Existence, used in a large sense.
I should premise that I use this term in a large and metaphorical sense including dependence of one being on another, and including (which is more important) not only the life of the individual, but success in leaving progeny.“
3 : qu’est-ce qu’il peut être casse-pieds quand il s’étale sur ce sujet…

Pour l’eugénisme je te propose de commencer par lire Platon
En plus tu trouvera le texte gratuitement en suivant le lien.
A lire:
André Pichot
Aux origines de théories raciales, de la Bible à Darwin
éd. Flammarion, 2008.
Il y est aussi question de Townsend, cet “ami de l’humanité” qui n’a rien de plus pressé que d’affamer ses semblables !
Peut-être. On peut émettre toutes hypothèses qui nous passent par la tête. Mais comme j’écris ci-dessus :
Et Darwin cite généralement ses sources d’inspiration, exemple concernant ce point particulier : Malthus. Pourquoi pas Townsend ?
Put-être que des marins en ont parlé avec lui sur le beagle ?