Timothée s’est attaqué à la face cachée du blog, celle qui n’est pas visible sur le Web, qui se passe in-RL. J’en étais à vouloir commenter chez lui, mais un trackback fera l’affaire et je peux tranquillement me laisser aller à ma bavardise (faisons évoluer la langue tant qu’on y est) ci-dessous.
Il faut commencer par le fait que l’essentiel de mon activité bloguesque est basée sur les terrasses des cafés. Ainsi, quand j’ai été tagué du mème du bureau par Eric, je n’ai rien trouvé de plus représentatif que ma table habituelle du matin. Je n’y suis pas actuellement, j’occupe celle d’à côté

J’ai l’informatique et le blog nomades volontiers, me déplaçant en milieu urbain essentiellement, de café en café. Ca me permet de satisfaire mes besoins en caféine, en discussion avec les gens, en surveillance de la mode féminine, etc. Puis j’ai toujours été pour les rencontres entre bloggers, dont j’en ai organisé, supervisé, plusieurs générations, des premiers pas timides en 2003 jusqu’aux annonces à FR3 Aquitaine et le Sud-Ouest plus tard. Malgré le fait que je ne suis pas un community organizer avec mes gros sabots.
J’ai traversé l’Atlantique pour rencontrer des bloggers dont j’ai fait la connaissance via le Net, certains sont des amis chers. Puis il y a les rencontres avec les filles, les blogs sont des lieux de drague, dans mon cas plus efficaces que Meetic. Leur contenu filtre mieux que les compatibilités calculées par les algorithmes des serveurs de rencontres. On a beau dire que l’on a des coups de gueule qui peuvent aller loin, ou une irrésistible tendance à se foutre de la gueule des p’tits cons, il vaut mieux que les gens puissent s’en rendre compte d’eux-mêmes que l’on ne raconte pas des cracks pour se rendre intéressant. Et pouvoir en juger.
Jouer la transparence via ses blogs, autant qu’in-RL (ça pose des problèmes avec les [ano|pseudo]-nymes).
Ca, pour la partie “not blog”, pour le transfert des relations entamées sur le Net à sa vie courante. Je suis pas seulement “pour”, mais aussi “pratiquant” de longue date.
Je ne tiens pas un blog scientifique. Je ne sais même pas si mon blog mérite d’être qualifié de blog de scientifique. C’est vrai que je suis scientifique et que l’essentiel de mes lectures viennent de la littérature scientifique même si depuis trois ans incluent les relations religions/science. Même en admettant la caractérisation blog de scientifique il est certain que je ne verse pas à la vulgarisation. Non pas par choix a priori, mais je ne sais pas faire. La vulgarisation scientifique est un Art que je respecte suffisamment pour éviter de le saloper avec mon impatience, devant un lecteur qui ne se donne pas la peine de se renseigner correctement du sujet qu’il discute. J’admire Sagan et Asimov pour le travail qu’ils ont fourni, autant à propos des thématiques abordées que de la façon qu’ils ont eu pour rendre des sujets, que le public trouve autrement arides. Mais je ne comprends pas pourquoi quelqu’un d’intéressé ne se taperait pas quelques centaines de pages de lecture (manuels de base + littérature scientifique) sur le sujet qui l’attire, avant de se faire une opinion personnelle et s’en aller la discuter avec les autres.
Par exemple, les OGM et les bloggers : quand je me rends compte que des jeunes très green et très anti-OGM ne savent même pas ce qu’est un OGM, ça m’énerve tellement que je ne suis pas loin de les traiter de p’tits cons d’ignares, de réactionnaires et conservateurs
(si peu loin que je l’ai fait à répétition).
Ce qui les irrite et me retournent la politesse en me traitant de vieux con, intolérant et scientiste
.
Il est evident que moi je finis par me marrer et eux par se braquer, et la discussion tombe vite à l’eau.
Il y a aussi les moments marrants, où l’on explique pourquoi c’est intéressant de faire des tumeurs clignotantes vert fluo chez la souris, ou à quoi peuvent servir des coloriages des vaisseaux sanguins, ou comment on papote avec une cellule, ou comment on trie ses billes à la vitesse “V”. (tiens, ça pourrait faire une série de posts ça, me dit ma voisine de tablée)
Reste encore la discussion avec les collègues des disciplines d’à côté. Là les choses sont différentes (la plupart du temps). D’abord parce que l’on peut satisfaire nos curiosités mutuelles sur la même base, la même base méthodologique. Ou on peut se passionner pour les mêmes sujets qui ne relèvent pas du domaine des uns ou des autres. Là où ça devient marrant c’est quand ça entame des collaborations de coin de paillasse qui aboutissent. A ce niveau je suis pratiquant. Puis, de temps en temps il y a les petits à côté qui sont agréables.
En fait le blog est la pointe de l’iceberg. Une fois localisé il faut prendre sa combi de plongée et ses bouteilles pour aller voir les dessous de l’affaire, tout ce temps que les bloggers passent à ne pas bloguer. On en découvre des choses, je vous assure.
Revenons vers l’utilisation des blogs pour passer des messages et enregistrer des discussions (usages que je pratique) ou pour faire de la vulgarisation scientifique et servir de forums de discussion. Je ne pense pas que les blogs isolés soient utiles pour cette deuxième approche; je doute même qu’ils puissent faire de la vulgarisation de façon utile. De ce point de vue les aggrégateurs comme celui des c@fétiers est une très bonne option. Pas aussi bonne que celle de Seed avec ses ScienceBlogs, une blog-farm qui a l’avantage d’avoir des salariés qui s’occupent de la plate-forme et qui rétribue ses bloggers, mais très bonne quand même. Les blog-farms s’en sont sorties pas mal pour d’autres thématiques et les aggrégateurs sont l’une des évolutions les plus intéressantes depuis.
Quand je faisais encore dans la blogologie, j’avais pour projet de faire plein d’aggrégateurs, pour plein de sujets, y compris pour les sciences. J’ai expérimenté avec plus ou moins de bonheur, suivant les communautés concernées, et puis j’ai laissé tomber, trop de tracasseries pour peu de résultats.
Mais je continue de penser que des initiatives comme C@fé des Sciences représentent la forme majeure de la vulgarisation scientifique pour les années à venir, les éditions papier finiront probablement par n’être que des compléments. Plusieurs éléments sont en faveur des blogs et de l’organisation des communautés autour d’eux.
Exporter ce même genre de comportements in-RL est possible, surtout quand les rencontres hors-blog ne convient pas seulement les bloggers autour d’un verre, mais aussi les commentateurs, les lecteurs et leurs amis. Et que l’annonce des rencontres est centralisée. Il sera peut-être difficile d’intéresser le grand public à des sujets scientifiques, autres que les OGM et le réchauffement climatique. Parce que de premier abord ils n’y voient pas l’utilité de la chose. Ce sont les nerds et les geeks en bas âge qui seront attirés peut-être, ou les gens qui y voient un terrain pour faire de la politique ou du business. Mais il faut un début à tout et il faut espérer que la masse critique pourra être atteinte et qu’elle profitera de community organizers qui auront le temps et les moyens pour entretenir le mouvement, pendant qu’ils organisent leur succession (pensez-y).

café, double, serré, sans sucre, avec clope
ça produit de la bavardise
Waou! Tu prends quoi au p’tit dej le matin pour etre aussi bavard à la terrasse d’un café, tout en “surveillance de la mode féminine”?