La discussion a tourné hier soir autour des mutations. Et des reversions. J’étais en train de me plaindre (comme d’habitude) que de plus en plus souvent quand on parle de mutations on pense aux mutations ponctuelles, et le plus souvent des substitutions. Sont délaissées les délétions (et j’ai trouvé des oreilles attentives en parlant de la deltaF508 du CFTR). Puis, en parlant de mutations ponctuelles, souvent de SNPs pour faire plus à la mode, les gens pensent quasi-automatiquement aux séquences codantes, laissant de côté les séquences régulatrices, que ce soit d’expression ou de maturation des pré-ARNm. Et que même quand on aborde les mutations ponctuelles, et plus particulièrement les mutations muettes qui n’affectent pas la séquence primaire d’une protéine, le discours donne l’impression qu’il s’agit de mutations neutres ne tenant pas compte de la régulation de la traduction, qui est affectée par les codons dont les ARNt sont rares ou abondants.
Je trouve que la discussion est appauvrie au delà de ce qui est décent.
Les choses se sont compliquées parce que nous avons commencé à papoter de reversion. Quelqu’un a doctement assené à l’assemblée que leur fréquence était égale à celle de l’apparition de la mutation. Après avoir craché ma bière par le nez et rigolé pendant une bonne minute, ce qui a vexé le docte, je me suis fait un devoir d’expliquer pourquoi il avait tort. Après quelques gribouillis sur un bout de papier, ma cause étant soutenue (j’en reparlerai par ici), l’idée m’est venue de dire que même si la séquence mutée en première instance n’était pas affectée on pouvait avoir réversion vers le phénotype sauvage. Je suis parti chercher une autre bière pour remplacer celle qui m’était sorte par le nez.
A mon retour, j’ai demandé à la tablée s’ils avaient trouvé au moins un cas soutenant mon assertion. J’ai l’impression que les cours de génétique et de biologie moléculaire doivent être méchamment revus. Des quatre jeunes biologistes autour de la table personne n’a pensé aux mutation suppresseur ! Et ils ont eu plus de 10 min, vu que j’ai dragouillé avec le barmaid.
Un peu gênés une fois que j’ai abordé le sujet des suppresseurs, il y en a eu un qui m’a sorti que ce sot des cas marginaux chez les bactéries. La discussion a viré vers les approximations en biologie et ce qui était une bonne ou mauvaise approximation. L’un de ceux qui avaient sécher, doctorant de son état, qui suit ce blog, a eu le mauvais goût de pousser la plaisanterie plus loin, prenant le pari que je ne trouverais pas un cas non théorique à présenter. Le pari étant une côte de boeuf avec ce qui va avec, de l’apéro au digestif en passant par un bon Bordeaux, ses propres termes.
Que ça ne soit pas chez une bactérie (même si j’aime les bactéries, mon pote semble ne pas les apprécier beaucoup, mais c’est une autre discussion).
Prenons une mutation dominante. Létale. Létale à l’état hétérozygote donc. Comme ça pas de discussion sur l’approximation, c’est marche ou crève, d’un coup d’un seul, et pas besoin de croisements pour obtenir des homozygotes (autre caractéristique des mutations que l’on ne discute pas assez). Disons que la mutation est thermosensible pour pimenter un peu la chose : à X °C ça crève, à Y °C c’est viable et fertile. Soyons pas mesquins, prenons deux mutations qui ont les mêmes caractéristiques et qui affectent deux protéines différentes chez la même bestiole.Considérons une mutation suppresseur qui reverserait les effets des deux mutations.
Avouez que si je présente ça je gagne ma côte de boeuf haut la main, non ?
Eh bien voici :
Peter J. Neuburger, Kenneth J. Saville, Jue Zeng, Kerrie-Ann Smyth, and John M. Belote
Genetics. 2006 July; 173(3): 1377–1387. doi: 10.1534/genetics.106.057976.
Two dominant temperature-sensitive (DTS) lethal mutants of Drosophila melanogaster are Pros261 and Prosβ21, previously known as DTS5 and DTS7. Heterozygotes for either mutant die as pupae when raised at 29°, but are normally viable and fertile at 25°. Previous studies have identified these as missense mutations in the genes encoding the β6 and β2 subunits of the 20S proteasome, respectively. In an effort to isolate additional proteasome-related mutants a screen for dominant suppressors of Pros261 was carried out, resulting in the identification of Pros25SuDTS [originally called Su(DTS)], a missense mutation in the gene encoding the 20S proteasome α2 subunit. Pros25SuDTS acts in a dominant manner to rescue both Pros261 and Prosβ21 from their DTS lethal phenotypes. Using an in vivo protein degradation assay it was shown that this suppression occurs by counteracting the dominant-negative effect of the DTS mutant on proteasome activity. Pros25SuDTS is a recessive polyphasic lethal at ambient temperatures. The effects of these mutants on larval neuroblast mitosis were also examined. While Prosβ21 shows a modest increase in the number of defective mitotic figures, there were no defects seen with the other two mutants, other than slightly reduced mitotic indexes.
La partie la plus mignonne étant que la mutation Pros25SuDTS est dominante pour son rôle suppresseur à 29 °C, mais ressessive létale à température ambiante ![]()
C’est pas beau la biolo ?
Par ici la “côte de boeuf avec ce qui va avec, de l’apéro au digestif en passant par un bon Bordeaux”

[...] coin de paillasse qui aboutissent. A ce niveau je suis pratiquant. Puis, de temps en temps il y a les petits à côté qui sont [...]
Table réservée pour Samedi soir et promis juré, je ferai plus de biblio
Belle mentalité!
En fait, le vin sera pour moi, qu’on fasse la fête, pas la tête.
Je ne descendrai pas en 1995, c’est un étudiant et l’idée est de célébrer les mutants, pas de lui faire passer une mauvaise soirée.
Et là où je l’amènerai l’Armagnac est offert par le patron.
Je ne saurais que chanter les louanges des crus bourgeois du Médoc, 2005. Les graves de 1995 sont assez sublimes aussi.
Il faut que je trouve quelqu’un qui soit prêt à faire ce genre de paris aussi…