J’ai eu deux mails assez intéressants au sujet de Platon, le sujet étant un peu trop intriqué avec des considérations annexes pour que ce soit facile à citer des portions sans avoir à les éditer lourdement.
Certains points sont communs et je laisse ici mes réponses, qui pourraient servir pour la suite.
Si Platon était de nos jours, il serait probablement impliqué dans un institut du genre Discovery Institute [...]
De son temps, il n’a pas voulu être impliqué directement à la vie politique d’Athènes, en tant qu’homme politique. Mais il a quand même tenté d’influencer la cité pour l’établissement de sa République, il a même tenté d’en faire autant pour Syracuse dont le roi était favorable à ses visions. Sans succès. L’Académie lui a servi pour dispenser son enseignement, une sorte de Discovery Institute qui a eu du succès; possible il y a 25 siècles, est-ce un projet viable aujourd’hui comme l’espère la John Templeton Foundation ?
C’est intéressant de constater que, malgré l’intérêt qu’il a suscité, sa République est restée lettre morte.
D’ailleurs le démiurge n’a pas à lui causer, son intelligence est à même de se rendre compte de l’état des choses, n’est-ce pas ?
J’ai raccourci fortement, j’avoue, mais je ne faisais pas un cours sur Platon (et je ne prétends pas en faire un). Il se sert de mythes et racontars pour étayer ses point de vue, il invente une mythologie qui a un aspect cohérent. Je n’ai vraiment pas souvenir que le démiurge se soit adressé à lui directement.
On y trouve tout de la pensée magique productrice des fables créationnistes dont on aurait besoin pour soutenir n’importe quel déisme/théisme, à deux nuances près, que son démiurge ne semble pas avoir créé ex nihilo (mais c’est un détail) et qu’il a oublié de lui donner un nom, ce qui aurait été risqué dans le contexte athénien de l’époque; Θεός (Dieu) était suffisant.
“Et l’enfer et le paradis ?” Demande-t-elle ?
Tout y est, l’âme immortelle, l’enfer, le paradis, le purgatoire, la métempsycose, le jugement, le choix de sa vie, l’obligation de s’y tenir à ce choix, l’ange gardien garant de la tenue des engagements/choix, etc. Je bois pas mal de café, mais certainement pas assez pour me lancer dans une comparaison de ce que l’on retrouve dans les religions, ou papoter sur l’influence probable qu’il a eu auprès des théologiens chrétiens. Mais il y en a tellement là dedans qu’un bouddhiste pourrait tout aussi bien trouver son contant, avec la métempsycose, la souffrance (mauvais juge pour faire des choix), la voie du milieu, du juste …
C’est ce que je voulais dire en résumant : “C’est d’ailleurs là une des raisons probables du succès de la philo de Platon : elle est élastique/plastique, chacun peut l’adapter à ses vues personnelles, évoquant les Formes que lui discerne ou croit discerner.“. Chez les chrétiens la métempsycose/reincarnation est repoussée pour après le jugement dernier (la rédemption), paradis et enfer deviennent des états éternels augmentant la pression pour une vie de juste, le Vatican peut s’arranger pour délivrer des indulgences protegant du purgatoire (même par procuration), l’ange gardien devient plutôt protecteur que surveillant, la connaissance apporte la souffrance et force le choix, etc.
Il n’est pas clair (pour moi, ça l’est peut-être pour un historien) quels mythes la chrétienté a inventé de novo et lesquels elle a emprunté à des religions/systèmes philosophiques préexistants (Bible exclue bien entendu). Mais à première vue Platon a été pillé
D’ailleurs, en faisant une lecture allégorique, on peut l’adapter aussi bien à une approche athée et matérialiste du monde. Sauriez-vous en faire autant ?
