Je suis arrivé jusqu’à l’entrevue entre James Watson et Henry Louis Gates Jr. publiée par The Root via ce post de Schizodoxe : Encore Watson.
Je fais partie d’une petite minorité qui a soutenu Watson et pas compris sa suspension du CSHL, surtout que son attitude n’avait rien de nouveau et qu’elle n’est pas franchement raciste. L’entrevue est très intéressante, non pas seulement pour son contenu primaire, mais aussi pour la façon dont Henry Louis Gates Jr. interprète le contenu. La conclusion est probablement le joyau de la chose :
As I drove away from Cold Spring Harbor, I realized that my conversation with Dr. Watson only confirmed something I already, with great trepidation, have come to believe: That the last great battle over racism will be fought not over access to a lunch counter, or a hotel room, or to the right to vote, or even the right to occupy the White House; it will be fought in a laboratory, in a test tube, under a microscope, in our genome, on the battleground of our DNA. It is here where we, as a society, will rank and interpret our genetic difference.
Il est toujours amusant de voir passer des communications dans la presse au sujet du gène de ceci ou de cela, exemple récent le gène de la monogamie, qui font des titres attractifs pour les journalistes mais qui sont présentées de façon si sommaire que le badaud peut se faire des idées vraiment à côté de la plaque. Ca donne du papier au journaliste, un peu plus qu’un quart d’heure de gloire aux auteurs du papier qui cause du gène en question et au public une idée tordue de la recherche dans le domaine. La relation entre le gène étudié et le génotype d’une part, le milieu culturel dans lequel le tout est immergé ne sont d’habitude que brièvement discutés (s’ils le sont) et suivant du type de phénotype le langage change : on parlera volontiers du gène de susceptibilité au cancer du (l’organe de votre choix), susceptibilité conditionnée par le mode de vie (alimentation, alcool, tabagisme, etc.), mais du gène du basket tout simplement.
Il est beaucoup moins amusant de voir l’usage qui est fait de ce genre d’informations, qui souvent viennent avec une idée qui est simpliste accrochée à leurs basques, et qui peuvent donner l’idée que l’on pourra utiliser les génotypes des gens pour savoir s’ils vont être des bons dirigeants, bons à marier, ou pour décider de leur orientation professionnel, demain !
Il n’est pas impossible que l’on puisse parler un jour de gènes favorisant le succès dans telle ou telle activité, mais les effets des mèmes, mal compris pour l’instant, modéreront forcement le propos et les techniques d’intervention pourraient changer le domaine radicalement; on entend parler de plus en plus de dopage génique, au lieu des succès de la thérapie génique, mais l’un dans l’autre le domaine progresse
Il y a une tendance de se servir des nouveau renseignements sur le génome pour justifier des attitudes politiques en consolidant les raccourcis qui font parler du gène de ceci pour caractériser une population, soit pour la rabaisser, soit au contraire pour le priser. Avant, les black avaient le rythme dans la peau, un jour ils auront le gène du rythme dans le noyau.
Le fait est qu’on n’en sait pas grand chose, sinon que les gènes déterminent les phénotypes que l’on pourra adopter en fonction de l’environnement. Je ne parle pas de l’environnement seulement naturel, mais aussi des modifications artificielles que l’on apporte, surtout de celles issues des domaines scientifiques. Ainsi, il y a un quart de siècle, l’espérance de vie d’un mucoviscidosique homozygote ΔF508 ne dépassait pas la prime enfance, aujourd’hui grâce au soutient médical disponible elle est de l’ordre de 25 ans (je ne suis pas à jour et ça irait au delà). Il n’est pas improbable que dans les années qui viennent on arrive à l’augmenter pour tendre vers la moyenne de la population.
Nier les différences ne les fera pas disparaître. Les gens semblent gênés par le constat de leur existence. Ils le sont surtout des interprétations de ces différences.
J’étais ahuri de la façon dont la médecine ethnique a été accueillie. Par les afro-américains de façon agressive, comme si le constat de leur susceptibilité accrue pour certaines maladies cardiovasculaires les mettait au rebut de la société, par les japonais de façon rationnelle pour définir des travaux visant à palier leur susceptibilité à certains types de cancers, par les nord-européens dans l’indifférence, pour la façon dont leur métabolisme s’accommode du lactose et les sud-européens avec ce qui semble être une résignation joyeuse d’éviter certains produits laitiers à l’âge adulte, éventuellement en les remplaçant par des breuvages alternatifs, disons de la bière
Il y a des prédispositions culturelles qui conditionnent fortement l’interprétations des trouvailles génétiques.
Ca me ramène à HLG Jr. et sa conclusion, qui mine de rien est aussi partisane et aussi teintée d’a priori que celles de ceux à qui ils s’oppose, les racistes (ou les racialistes). Et ça l’amène à miser sur le mauvais cheval.
[traduc approximative] : J’ai réalisé que ma discussion avec le Dr. Watson a confirmé ce que j’étais déjà venu à croire : Que la dernière bataille contre le racisme sera menée [...] dans un laboratoire, dans un tube à essai, sous un microscope, dans notre génome, sur le terrain de notre ADN. C’est là qu’en tant que société nous évaluerons et interpréterons nos différence génétiques.
Dr HLG Jr., avec tout le respect dû, bas les pattes de nos tubes à essai SVP !
Si vous voulez vous battre allez le faire ailleurs, pas sous le microscope, il est fragile, il coûte la peau des fesses, vous risquez seulement de le bousiller et certainement pas de l’améliorer. Les interprétations politiquement (in)correctes ne se trouvent pas dans notre génome mais dans la tête des gens qui sont déjà prêts à interpréter n’importe quelle constatation dans le sens qu’ils le souhaitent. Ce n’est pas parce que les données sortent des laboratoires que les uns ou les autres doivent les transformer en champs de bataille pour leur idéologies. Si vous discernez un certain ras le cul ce n’est pas une impression, vous voyez juste.
Et la requête est la même pour tous qui ont une idéologie, un préjugé, une théorie à promouvoir, quels que soient leur couleur de peau, QI, appartenances ethniques, etc.
Si vous passez par la case labo et/ou sciences, prière de respecter les lieux et les usages.

