ADN et comportement humain

La discussion a commencé avec un de mes amis, que je noterai ici DO, qui m’a demandé mon avis concernant un récent papier du Point, qui pose la question : "Y-a-t-il un lien entre génome et comportement humain?"; et qui fini par faire référence aux travaux de Roy Thurik, qui essaie d’établir un lien entre ADN et adéquation pour un poste de travail.

Je n’ai aucune compétence en comportement humain. Mais même ainsi je peux donner un avis et je me demande pourquoi DO n’avait pas vu cet aspect par lui-même. Regardons l’image ci-dessous.

ct_T21.jpg
crédit image Planète Gène

Quelles sont les chances que cette personne puisse un jour se retrouver à la tête d’une société florissante ? Très minces (pour ne pas dire inexistantes, on ne sait jamais :-) ). Vous avez remarqué ? Il s’agit d’un cas de trisomie 21.
Un examen biologique qui n’implique pas la personne directement, et qui consiste juste à jeter un coup d’oeil sur ses chromosomes, nous en dit assez sur elle pour qu’on tire une conclusion.

Par ailleurs, la prise de fonctions à un poste est aujourd’hui, déjà, soumise à un examen médical dont l’objectif est de déterminer si la personne est apte à occuper le poste (je parle pour la France).

Qu’est-ce qui change avec le travail de Roy Thurik qui mériterait l’attention des DRH et des chasseurs de tête ?

Ce qu’il espère Thurik (je dirais), est de disposer de corrélations fortes entre génotypes et réussite dans divers postes de travail. Ce qu’espèrent les RH est de pouvoir se baser sur ces corrélations pour améliorer le choix de the right man at the right post. En dehors de la quantité importante de données que Thurik devrait disposer pour que ses corrélations soient statistiquement significative (me demande comment il va se démerder pour obtenir les échantillons), je me demande comment il va faire pour exclure l’influence du milieu, ou mieux, comment il va en décrire le comportement des génotypes caractérisés pour un milieu social passé, dans le milieu social actuel ou à venir.

DO a posé trois questions qui sont très intéressantes : a) combien ça coûte, b) quelle sera la fréquence des faux positifs (ou négatifs) et c) qui accepterait d’être jugé sur son génotype plutôt que ses réalisation. DO est un homme très pratique ;-)

Pour c) je peux répondre personnellement, pas moi. Et je ne connais pas beaucoup de gens qui accepteraient. Je vais poser la question autour de moi et faire un update plus tard.

Les questions a) et b) ne peuvent pas avoir de réponse, pas avant que Thurik finisse son travail. Ca dépend de quelle quantité d’information sera nécessaire pour établir d’une part le coût (qui vu la baisse des prix ne devrait pas être disproportionné par rapport à la rémunération d’un chasseur de tête pour les postes chers) mais surtout le risque d’une fausse évaluation. Bien sûr Thurik (ou tout autre qui s’aventure dans le domaine) présentera son produit comme présentant le moins de risques possible, mais comme il ne disposera pas, probablement, des données concernant l’environnement social, il restera un flou assez important.

DO, qui est chasseur de têtes, pense qu’il y a peu de chances que quelqu’un puisse le convaincre de recruter sur génotype.
Je pense que c’est là une décision sage. Sauf pour quelques cas rares, comme les trisomies 21, mais pas la peine de faire un test ADN ou un caryotype… Le feeling du chasseur de têtes et l’avis du médecin qui déclare apte pour un poste, devraient faire l’affaire pour quelque temps encore.

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  1. #1 par Nox le août 21, 2008 - 6:11  

    Salut,

    Bah du coup, vu que je compte me "performer" dans le recrutement et plus précisément dans la chasse de tête et que mon cursus originel contient de la psycho différentielle (alliée à mes hobbies par ailleurs…) ; je ne pouvais que réagir !

    La prédiction de comportements sociaux par des indices génétiques me semble parfaitement utopique et non valide (pas de surprise hein, héhé).
    La méthode des jumeaux (même alliée à celle des adoptions) est criblée de biais et on peut tirer les conclusions que l’on veut à partir des résultats trouvés. Le contrôle des environnements communs et non communs est impossible (rien que la différence entre les MZ mono et dichorioniques témoigne d’un effet environnemental fort et complexe…)

    Chez des participants, avec le même nombre de chromosomes, prédire leur performance dans des tâches cognitives complexes (comme au travail…) est un échec en devenir si on oblitère les composantes environnementales et expériences diverses (formant l’expertise).
    La prise en compte des variables "situationnelles " est difficile mais explique déjà pas mal de choses (d’où l’abondance des articles en psychologie sociale malgré son "jeune âge") ; il faudrait déjà réfléchir sur cela avant de se lancer à cœur perdu dans le sensationnalisme génétique…

    Enfin, je rajouterais que la volonté de vouloir expliquer ou mesurer la contribution génétique et environnementale dans les comportements ne date pas d’hier mais que cela risque d’être un faux problème parce que, Lewontin en 1974 disait déjà :
    "si deux personnes construisent un mur en posant des briques, il est légitime de mesurer la contribution de chacun par le nombre de briques qu’ils posent. Mais c’est absurde si l’un d’eux prépare le ciment et l’autre pose les briques"

    Lewontin, R.C. (1974).The analysis of variance and the analysis of causes, American Journal of Human Genetics, 26, 400-411

    Quant aux méthodes d’évaluation (recrutement comme milieu scolaire), il faut bien se rendre compte qu’il y aura toujours une part de variance (élevée…) qui nous échappera : c’est la difficulté de travailler avec des systèmes dynamiques complexes (oui des humains quoi :) )
    Il faut peut-être se concentrer sur les méthodologies existantes et peu coûteuses (en argent et temps)…

    Cordialement,
    Nox

  2. #2 par Oldcola le août 21, 2008 - 6:37  

    Salut Nox,

    Je profite de ton commentaire pour faire trois ajouts.

    J’ai repris la discussion avec DO et il a ajouté deux remarques, qui iraient dans le sens de Thurik :
    a) si le génotype permet d’avoir des indications sur la résistance à moyen/long terme au stress (sans incidents physiologiques négatifs), alors il serait preneur; il part du principe que Rémy a une vie difficile, même avec Boisvert pour l’assister,
    b) si le génotype permettrait de détecter des risques de santé qui pourraient intervenir durant la période que Rémy sera employé.

    Je suis toujours contre le génotypage comme élément de recrutement, même si ça ne fait pas l’affaire de plusieurs collègues, dont certains m’ont fait savoir que je devrais prier pour l’expansion des tests génétiques (de toute façon interdits pour l’instant en France).

    Si tu recrutes des biolo un jour, fais moi signe, je connais des p’tits jeunes qui sont vraiment pas mal. Si tu cherches à te faire recruter (Amérique du Nord), fais moi aussi signe, DO & Cie pourraient être intéressés.
    ;-)

  3. #3 par Nox le août 21, 2008 - 8:31  

    Re,

    Le souci c’est que le stress peut bien avoir des causes (facteurs de risques) génétiques, il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un phénomène environnemental (qui évolue aussi selon le social) qui peut être réglé par des stratégies de management et par des stratégies d’organisation des tâches de travail (qui s’adaptent et évoluent selon cet aspect social)…
    Si tu recrutes des gens au génotype "gène résistant au stress", il peut y avoir le biais de ne pas anticiper les conditions de travail (au sens large : tâches et relations) et là, ils péteront un câble tout pareil : on ne fait que repousser le problème en augmentant le seuil de résistance ; on ne trouve pas de solution réelle, c’est couteux et en plus ça biaise l’évaluation (je suspecte un possible effet halo là dessus mais bon)…

    Sinon, les personnes souffrant de phénylcétonurie, mais suivant un régime spécifique empêchant l’expression de cet handicap, devront alors pointer au chômdu ou pas ? (héhé)
    Une telle manière de faire titille mon éthique et insulte un peu le potentiel humain (qu’on doit aider à développer, pas vouloir mesurer sur une base dénuée de situation).
    Une nouvelle fois, le génétique permet d’expliquer une orientation comportementale mais pour une part seulement et uniquement lorsqu’on a des données environnementales complémentaires.

    En bref, je vois un peu ça comme vouloir prédire un sens de l’évolution chez une espèce sans prendre en compte les contraintes environnementales… Sur le moment l’idée parait possible, mais en terme de conséquences et de prédictions on n’arrive à rien…

    NB : ne me tente pas Antoine, je suis largement preneur d’une telle offre de mise en relation, je pense que tu blaguais méchant prêtre du FSM ! :)

  4. #4 par Oldcola le août 21, 2008 - 8:38  

    Je ne blaguais pas du tout, on réglera ça par mail dès demain (suis attendu par le dit DO & Cie).

    Et j’aurais un commentaire de plus probablement.

  5. #5 par Fabrice le septembre 11, 2008 - 6:42  

    Je ne connaissais pas ces travaux. Intéressants, mais néanmoins très très éloignés du quotidien du recrutement.

    Je suis moi-même chasseur de tête, et j’ai vu ce métier évoluer. Les techniques automatisées, ou scientifiques ,censées déterminer le comportement, baissent. l’enjeu est de découvrir la personnalité, en oubliant les techniques trop basiques ou folles (grapho). Et je doute que le génome soit un déterminant suffisant pour comprendre à qui on a affaire…

    Une incidence sur les risques associés à un candidat (santé…) peuvent être détectés, mais sont rarement hyper décisifs. J’ai rarement vu un candidat de bonne qualité non accepté parce qu’il fumait trop, par exemple. Cela ne peut jouer qu’à la marge, et sur des risques très élevés, qui ne dépendent sans doute pas du génome, mais du mode de vie, ou de la santé (antécédent d’infractus pour une prise de poste de PDG, par exemple…).

  6. #6 par Oldcola le septembre 11, 2008 - 6:51  

    Salut Fabrice,

    merci pour les info "de l’intérieur". J’avais continué les discussions offline sur le sujet et en fait il paraît qu’un des objectifs de Thurik est de donner la possibilité aux candidats qui le souhaitent de montrer que leur génotype correspond à celui d’un "gagnant".
    Un additif au CV en quelque sorte.

    Ca c’est un mouvement que je trouve plausible. Mais je ne sais pas comment les pros du recrutement vont le prendre.

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